25/01/2013
A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
Ailleurs, bien loin d’ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !
(Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal)
Publié dans Juke-box, Poèmes choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, charles baudelaire, les fleurs du mal, musique, little nemo, sounds in the attic |
Facebook |
Imprimer |


Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://atelier0-255-0.hautetfort.com/trackback/4967583
Les commentaires sont fermés.